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Lorsque nous pensons à l’agriculture, nous imaginons souvent des champs de blé ou de maïs doré à perte de vue. Mais ces grandes fermes ressemblent peu à la plupart des fermes sur la planète. En Amérique du Nord et Amérique centrale, environ un tiers des fermes sont petites – un ou deux hectares – et presque la moitié d’entre elles ont moins de cinq hectares. À l’échelle de la planète, 75 pour cent des fermes ont moins de deux hectares de terres et 95 pour cent, moins de cinq hectares.

Le travail d’USC Canada est centré sur l’appui aux gens qui cultivent de petits lopins de terre.

On a estimé que les petits agriculteurs (parfois appelés « paysans » ou « fermiers familiaux ») produisent 70 pour cent des aliments de la planète – et plus de 80 pour cent en Asie et Afrique. Et ils les produisent sur moins de 25 pour cent des terres arables de la planète.

En d’autres mots, les petits agriculteurs alimentent le monde.

Les petites fermes ont aussi tendance à être moins destructrices de l’environnement, favorisent des niveaux de biodiversité plus élevés et fournissent plus d’emplois par unité de terre que les grandes fermes. Mais les petits agriculteurs sont confrontés à un grand nombre de défis.

Que ce soit à cause de l’emprise des grandes sociétés sur l’agriculture, des politiques gouvernementales favorisant l’agriculture industrielle à grande échelle ou des changements climatiques, les communautés agricoles subissent des pressions croissantes sur tous les continents.

Les protecteurs de la biodiversité

Les petits agriculteurs sont aussi les protecteurs de la diversité agricole et d’importantes ressources génétiques. Alors que les grandes fermes industrielles ont tendance à cultiver une seule espèce sur de vastes étendues (une pratique appelée monoculture) et à utiliser beaucoup d’intrants coûteux, notamment les engrais et les pesticides, les petits agriculteurs plantent une multitude de variétés de plantes dans un même champ — une technique appelée culture intercalaire. Cela leur permet de développer et d’appuyer une grande diversité de plantes alimentaires adaptées aux conditions locales. En conservant leurs meilleures semences pour les échanger avec d’autres producteurs et les semer l’année suivante, ces petits agriculteurs avertis modifient les plantes pour qu’elles évoluent avec l’environnement et s’adaptent peu à peu aux nouvelles conditions agricoles. En appuyant les petits agriculteurs, nous construisons les communautés et protégeons l’environnement dont dépendent nos systèmes alimentaires.

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L’agroécologie est la science et le savoir-faire derrière l’agriculture durable. Elle tient compte des effets environnementaux, du bien-être des animaux et d’aspects sociaux humains. Elle combine la recherche scientifique, les connaissances locales et les innovations des communautés agricoles autochtones et paysannes.

Les principes de base de l’agroécologie incluent :

  • accroître la biodiversité au maximum;
  • recycler localement les ressources naturelles disponibles pour améliorer la fertilité des sols; et
  • mettre l’emphase sur les interactions et la productivité dans l’ensemble du système agricole.

L’agroécologie utilise comme point de départ les connaissances et l’expérimentation des paysans et fermiers à la place de la diffusion verticale de la science et technologie agricoles. Elle exige un niveau élevé de connaissances et met l’accent sur des techniques peu coûteuses adaptées à l’écosystème local. Elle applique une approche holistique à l’agriculture qui tient compte d’une large gamme de conditions et de problèmes. Puisque l’agroécologie reconnaît le caractère spécifique de chaque écosystème, elle peut inclure des méthodes comme l’agriculture biologique, mais elle n’adhère à aucune méthode d’agriculture particulière.

Aujourd’hui, les systèmes de production agroécologiques sont considérés des éléments essentiels de systèmes de production alimentaire socialement équitables qui font la promotion de la souveraineté alimentaire et de la conservation de ressources naturelles de grande valeur.

À la fine pointe de l’innovation

Les petits paysans et fermiers produisent la majeure partie de notre nourriture : 70 pour cent pour être plus précis, et ce, sur seulement 25 pour cent des terres arables. Dans un monde où les changements climatiques sont de plus en plus importants et la population augmente, la question centrale concernant nos systèmes alimentaires est sans aucun doute comment nourrir 9 milliards de personnes. Plusieurs études ont montré qu’à elle seule, l’adoption des méthodes de l’agroécologie permettrait aux petits agriculteurs de doubler la production d’aliments au cours des 10 prochaines années.

À l’avenir, la production d’aliments devrait être basée sur l’utilisation non seulement d’approches moins dommageables pour l’environnement, mais aussi de technologies socialement équitables. C’est exactement ce que fait l’agroécologie. Les principes de l’agroécologie forment une approche de pointe à la production agricole permettant aux fermes d’atteindre les niveaux de diversité, d’intégration, d’efficacité, de résilience et de productivité élevés dont elles ont besoin pour s’adapter et alimenter le monde.

Peut-on étendre l’agroécologie à l’ensemble du secteur agricole?

La caractéristique la plus importante de l’agroécologie est probablement sa capacité à être appliquée partout.

Pour ce faire, il faut surmonter plusieurs obstacles au développement de l’agroécologie, notamment un manque d’information des paysans, des fermiers et des agents de vulgarisation, des lacunes en matière d’accès aux terres, des problèmes d’infrastructure et des échecs de commercialisation.

L’accès à la terre pour les petits agriculteurs et familles paysannes revêt une importance clé pour la souveraineté alimentaire. Les échanges et les ateliers entre fermiers, comme le mouvement Campesino à Campesino (CAC) qui encourage le partage des expériences, des idées et de l’information, jouent également un rôle crucial dans la durabilité à long terme de l’agroécologie. La formation, les écoles de terrain en agriculture, les démonstrations à la ferme et les visites terrain jouent toutes un rôle important dans la généralisation de l’agroécologie.

Ces approches doivent aller main dans la main avec les approches participatives qui mettent à profit la riche tradition de connaissances agricoles des populations paysannes et autochtones. De plus, elles assurent la conservation de la biodiversité agricole et des ressources génétiques de ces communautés. En même temps, des réformes politiques sont essentielles pour permettre la généralisation de l’agroécologie.

Liens et ressources

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Les semences ont toujours été l’élément central des systèmes alimentaires productifs et sains.

Depuis des millénaires, des générations de familles paysannes et fermières sélectionnent, conservent et partagent leurs meilleures semences et augmentent peu à peu leur diversité. Elles ont développé des milliers de variétés – par exemple, pas moins de 20 000 variétés de maïs. Chacune de ces variétés a ses propres forces uniques et s’adapte aux conditions changeantes de chaque saison de culture agricole. Certaines variétés résistent aux maladies ou aux ravageurs. D’autres tolèrent les conditions climatiques extrêmes comme la sécheresse, les inondations ou le gel précoce. Certaines ont de meilleurs rendements ou une meilleure valeur nutritionnelle. Nous avons besoin de toutes ces caractéristiques – maintenant plus que jamais.

Les paysans et fermiers ont compris que la diversité des semences est garante de la sécurité alimentaire : en plantant diverses variétés de semences, au moins certaines d’entre elles produiront des aliments, peu importe les conditions climatiques.

L’accès à une diversité de semences aide les paysans et les fermiers à récupérer après une mauvaise saison, surtout à l’époque actuelle de variations et d’extrêmes climatiques. En permettant l’accès à des semences appropriées, l’on s’assure que les paysans et fermiers puissent produire des aliments et planifier les prochaines saisons de culture.

Notre banque de semences diminue

L’agriculture moderne a développé des cultures à haut rendement partout sur la planète. La recherche sur le blé à pain au Canada a procuré à notre pays une reconnaissance mondiale pour sa qualité exceptionnelle. Mais nous nous sommes concentrés sur un nombre trop restreint d’espèces et trop peu de variétés de chacune de ces espèces. Cette concentration réductrice comporte un coût pour notre système alimentaire et l’environnement.

Au cours des 100 dernières années, la diversité totale des semences a diminué de 75 pour cent. Rien qu’en Amérique du Nord, 90 pour cent des variétés de fruits et de légumes sont disparues. Les Canadiennes et Canadiens dépendent de seulement quatre espèces de plante – le blé, le maïs, le riz et la pomme de terre – pour 60 pour cent des calories de leur régime alimentaire.

Le système agricole compte de moins en moins d’options pour affronter des menaces vraiment sérieuses. L’approvisionnement en aliments devient vulnérable.

Facteurs qui touchent la diversité des semences dans le monde

  • En raison de la consolidation de l’industrie des semences, trois sociétés contrôlent maintenant 53 pour cent du marché mondial des semences commerciales. Les dix premières sociétés de semences accaparent 75 pour cent du marché mondial des semences.
  • La sélection des plantes peut avoir un effet important sur la nutrition : depuis 60 ans, la pomme de terre produite au Canada a en moyenne perdu 100 pour cent de sa teneur en vitamine A, 57 pour cent de sa teneur en vitamine C et fer et 28 pour cent de sa teneur en calcium. La plupart des pommes de terre de la planète sont cultivées pour la préparation de frites.
  • Le secteur bio est le secteur de l’agriculture qui croît le plus rapidement aujourd’hui. Mais 95 pour cent de toutes les semences de nos principales cultures agricoles sont encore sélectionnées pour leur uniformité, leur performance sous des conditions contrôlées et l’application systématique d’intrants synthétiques.

Impacts mondiaux

Les points chauds de la biodiversité de notre planète sont aussi des centres d’origine de la plupart des cultures alimentaires. Et ici encore, la diversité des semences diminue rapidement. C’est le cas de centaines de variétés de pomme de terre dans les Andes, de riz en Asie, d’arachides et de céréales en Afrique et de légumes partout. Les communautés de petits paysans perdent du terrain devant les intérêts des grandes sociétés agroalimentaires qui peuvent dégager plus de profits avec de grandes plantations de monoculture destinées aux marchés d’exportation vers les pays riches comme le nôtre. Selon un rapport de GRAIN publié en 2014, les fermes des petits paysans produisent 70 pour cent de la nourriture consommée sur la planète en utilisant seulement 25 pour cent des terres disponibles. Mais ce nombre diminue rapidement.

La bonne nouvelle

Les bonnes semences produisent plus que de bons aliments. Elles produisent aussi des communautés saines. Partout au monde, la plupart des familles paysannes et fermières conservent encore leurs semences en utilisant et même en augmentant la diversité inestimable des semences locales, adaptées à toutes sortes de paysages, climats et systèmes de production. Mais elles ont besoin d’appui.

Que pouvons-nous faire?

Il existe bien des façons pour nous de devenir des « protecteurs de semences ».

Être un « protecteur de semences » signifie rétablir le respect des écosystèmes locaux. Cela signifie de mieux choisir les aliments que nous achetons. De reconstruire des relations plus étroites avec nos producteurs d’aliments locaux, peu importe où nous vivons sur la planète. D’appuyer les paysans et fermiers qui conservent et utilisent des semences diversifiées pour nous nourrir.

Fondamentalement, cela signifie de changer la façon dont nous cultivons nos aliments parce que c’est un enjeu important.

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Le changement climatique mondial a des effets étendus sur chaque partie du monde – du réchauffement des températures, aux événements météorologiques extrêmes, en passant par l'élévation du niveau de la mer. Le changement climatique peut être provoqué par certains facteurs naturels, mais le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est explicite : la cause principale de ces variations climatiques, ce sont les gaz à effet de serre provenant des activités humaines. Le dioxyde de carbone (CO2) est l’un des gaz à effet de serre les plus connus.

Les pays industrialisés ont historiquement contribué à la majeure partie de la production des gaz à effet de serre qui changent le climat. Mais les pays en voie de développement de l'hémisphère sud et des tropiques souffriront le plus des effets néfastes de ce changement. Dans ces régions du monde, de petites nations insulaires sont particulièrement menacées.

Le rapport du GIEC montre que le changement climatique aura des conséquences particulièrement négatives pour les systèmes alimentaires et les réseaux hydrographiques. Les communautés agricoles sentiront un impact disproportionné, surtout dans les régions tropicales qui dépendent de la culture sous pluie et de la production pastorale. Les temps extrêmes et la hausse des températures déplacent déjà des saisons de culture et touchent la production alimentaire dans le monde entier.

climate change pic-1Les agricultrices et agriculteurs se sont adaptés aux caprices des climats locaux pendant des millénaires. Ils ont développé beaucoup de stratégies afin d'adapter leurs pratiques agricoles aux aléas du climat – en changeant les systèmes de culture, en utilisant des techniques de gestion des sols et les vastes ressources génétiques contenues dans les semences des variétés qu'ils entretiennent au fil du temps, pour n’en mentionner que quelques-unes. Leur savoir-faire s'avérera encore plus crucial pour améliorer la résilience face aux climats changeants.

Le travail de respect de la nature, par l'agriculture écologique, la conservation de la biodiversité et la localisation de nos systèmes alimentaires seront aussi cruciaux pour l'avenir de la sécurité alimentaire.

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La Via Campesina a inventé le terme « souveraineté alimentaire » en 1996, qu’il a défini comme « le droit des peuples à une alimentation saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. »

Bref, la souveraineté alimentaire place les producteurs et la démocratie au centre de nos systèmes alimentaires. .

Le concept a été enrichi au Premier Forum pour la souveraineté alimentaire tenu à Sélingué, Mali en 2007. La Déclaration de Nyéléni Déclaration de Nyéléni, PDF, établit six piliers de la souveraineté alimentaire :

  1. La priorité donnée à l’alimentation des populations
  2. La valorisation des producteurs d’aliments
  3. L’établissement de systèmes locaux de production
  4. Le renforcement du contrôle local
  5. La construction des savoirs et du savoir-faire
  6. Le travail avec la nature

Au Canada, un processus de consultation large a produit l’ajout d’un septième pilier, l’alimentation est sacrée, lequel reconnaît que les peuples autochtones ont depuis longtemps identifié les aliments, l’eau, le sol et l’air comme des sources de vie, et non pas comme des ressources.

Souveraineté alimentaire ou sécurité alimentaire?

La souveraineté alimentaire, qui se distingue de la sécurité alimentaire, est en fait née à la suite d’une insatisfaction par rapport à ce dernier concept. Bien qu’elle soit largement utilisée, la sécurité alimentaire ne remet pas vraiment en question les idées reçues sur nos systèmes alimentaires mondiaux. En tan que concept, la sécurité alimentaire signifie que la population a accès à une quantité suffisante d’aliments et de nutrition sans tenir compte des méthodes d’approvisionnement et de production. En d’autres mots, la sécurité alimentaire ne fait aucune distinction entre la production locale, le commerce international et les importations mondiales.

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Pour Louisa Gomez, une paysanne hondurienne et dirigeante associée à la FIPHA, le partenaire d’USC au Honduras Honduras: « La sécurité alimentaire, c’est quand le gouvernement veille à ce que les magasins soient bien approvisionnés, et ce, que les gens aient les moyens d’acheter ou non. La souveraineté alimentaire, c’est quand les gens sont capables de produire leurs propres aliments pour se nourrir. »

Si la sécurité alimentaire est axée sur le consommateur, la souveraineté alimentaire est centrée sur l’importance des producteurs et elle insiste sur leurs droits démocratiques dans les processus de prise de décision. Les petits paysans produisent 70 pour cent des aliments consommés dans le monde sur seulement 25 pour cent des terres arables, une superficie qui diminue sans cesse à mesure que s’intensifie l’accaparement des terres à grande échelle.

La souveraineté alimentaire considère aussi que l’alimentation est un droit et un bien public, non pas une marchandise, et que la production alimentaire concerne les relations entre la communauté et la nature, non pas les affaires et le commerce.

Le concept considère également que la faim n’est pas le résultat d’une production insuffisante d’aliments, mais bien un problème de gouvernance de l’alimentation, de mauvaise répartition et d’injustice. Des études montrent aussi que les aliments produits selon les techniques agricoles traditionnelles et l’agroécologie Agroécologie fournissent suffisamment de nutriments et de calories pour nourrir nos populations croissantes. Le gaspillage des aliments, les modèles non durables de production alimentaire et l’échange inégal qui défavorisent les petits producteurs contribuent également à la faim chronique dans le monde.

En tant que concept transformateur, la souveraineté alimentaire remet en question l’idée des aliments comme marchandise et se concentre sur les producteurs et productrices. La souveraineté alimentaire vise avant tout à permettre aux citoyens, aux producteurs et aux consommateurs de récupérer leur pouvoir décisionnel et à développer des circuits alimentaires locaux, de la ferme à la table.

À ce jour, huit pays ont enchâssé la souveraineté alimentaire dans leur constitution : l’Équateur, le Venezuela, le Mali, la Bolivie, le Népal, le Nicaragua, l’Uruguay et le Sénégal.

Quelques statistiques

  • En 2005, on a produit suffisamment de nourriture pour fournir 2 772 calories par jour à chaque habitant de la terre
  • En Afrique subsaharienne, où 27,6 pour cent de la population connaît la faim, il y avait suffisamment d’aliments pour fournir à chaque personne 2 238 calories par jour
  • En Asie du Sud, où 21,8 pour cent de la population a faim, il y avait suffisamment d’aliments pour fournir 2 293 calories par jour par personne (Roberts, 2013, 13)
LottaHitschmanova tbnQu’est-ce qui se cache dans USC?

USC Canada, autrefois le Comité du service unitaire du Canada, a été fondé en 1945 par Lotta Hitschmanova, Ph. D.. Aujourd’hui, nous nous appelons simplement USC Canada – mais nous cultivons encore les semences que Lotta a semées. Pour en savoir plus sur notre fondatrice, Lotta Hitschmanova, veuillez consulter Notre Fondatrice.

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